Interview Gérard Gouvrant

Gérard Gouvrant est le roi de la pirouette, un jongleur de mots invétéré, un faux naïf. « Ma peinture a une résonance chez une multitude de gens car je peins l’inconscient collectif. Je suis un peintre « jungien qui s’ignore » lance-t-il en guise de boutade. Ami de Rabelais, de Céline et de Clovis Trouille, des artistes qui en ont, Gouvrant déborde d’imagination comme sa peinture. Avec lui, « ce qui était donné devient l’inconnu » et l’on plonge dans la spirale du rire et du délire.

Gérard Gouvrant dans un café

Thierry Demaubus : Que pensez-vous du phénomène rétrospectif consacré aux Impressionnistes et de cet engouement du public? Autrement dit, à quoi tient selon vous l’importance de Monet et Cézanne en peinture, aujourd’hui?

Gérard Gouvrant : A leur rapidité d’exécution… L’engouement tient aurait que c’est joli, que c’est de plus en plus joli. Comme disait Bernard Buffet : « j’ai horreur des impressionnistes ». La peinture de Renoir n’est qu’une dérive, un avatar de ses travaux de faïence.

Goya, Ingres, Delacroix, voilà d grands peintres. Il y a des gens qui tremblent devant un Goya. Comme Delacroix, c’est un peintre qui en voulait.

T.D : Aujourd’hui, on pourrait dire qu’il y a d’un côté le Kitsch (le goût populaire) et de l’autre, l’avant-garde (le contemporain, le conceptuel…). Où situez-vous votre peintre?

G.G. : C’est une peinture à vivre, une peinture d’ambiance. Une peinture de bon vivant. C’est un peu comme une recette de cuisine, il faut que ça prenne. Et comme le disait Toulouse-Lautrec, c’est comme « les gâteaux pour bien boire ». 

Vous mélangez 200 g de farine avec 150 g de parmesan, un jaune d’œuf et une pincée de sel, une cuillère à café de levure alsacienne , une pincée de poivre de Cayenne. Vous découpez le tout en petit dés, et vous le chauffez sur une plaque pendant vingt minutes, c’est absolument délicieux.

T.D. : « Toutes les valeurs sont des valeurs humaines, des valeurs relatives, en art comme ailleurs »… Pourtant il existe un consensus, « fondé sur la distinction constante entre ces valeurs qu’on trouve dans l’art seul et les valeurs qu’on peut trouver ailleurs. Le kitsch, en vertu d’une technique rationalisée qui bénéficie de la science et de l’industrie, a réussi à gommer cette différence dans la pratique » a écrit Clément Greenberg. Quelle doit être selon vous la vraie valeur de l’art? 

G.G. : A l’inverse de Cézanne qui se voyait comme un « soldat » de la peinture faisant son bout de chemin, je pense qu’il vaut mieux être objecteur de conscience et se faire un petit bout d’autoroute (rires).

Non sérieusement, la vraie valeur de l’art, c’st d’arriver à ce que tous les gens du monde puissent se donner la main… et se les laver ensuite (rires). C’est d’avoir le pouvoir de faire pleurer un dictateur…

T.D. : Etes-vous un visiteur assidu des musées ou pensez-vous comme Dubuffet que ce sont des cimetières de l’art? Imagineriez-vous par exemple une Fondation Gouvrant? 

G.G. : Je suis, je le confesse un visiteur assidu de certains musées, notamment du misées d’Orsay que je considère être une réussite. Cela n’empêche pas de penser que la plupart des musées sont avant tout des cimetières faisandés.

En ce qui concerne la fondation, j’imaginerais mieux un mausolée à entrée payante (rires).

T.D. : Qu’est-ce qui constitue pour vous la qualité d’un tableau?

G.G. : Son pouvoir d’évocation. Un bon tableau doit apporter de la nourriture à l’imaginaire. La subjectivité fait le reste! Je suis très réceptif à l’image comme devraient l’être la plupart des peintres.

T.D. : Considérez-vous le style comme l’apanage d’un artiste ou pensez-vous qu’il peut s’agir d’autre chose?

G.G. : Bien sûr, le style participe à la. Dimension artistique de l’œuvre. Dans ma peinture, il existe une filiation à l’art naïf, à la commedia dell’arte, au théâtre. J’aime les situations cocasses, les personnages goguenards.

Je me rapproche sans doute de Clovis Trouille, mais pas pour un style pictural, uniquement dans la démarche. Chez lui, l’histoire est très explicite, chez moi cela demeure très anecdotique.

T.D : Pourquoi cette omniprésence des clowns dans votre peinture? Comment définiriez-vous votre style propre?

G.G. : Les clowns sont pour moi une manière de représenter la vie de tous les jours avec ses trames.

C’est une sorte de passe-partout, un média. Le titre du tableau joue un rôle important. Je mets toujours le titre du tableau joue un rôle important. Je mets toujours le titre une fois la toile achevée. Les clowns incarnent les moments de transformation de l’existence. C’est comme un kaléidoscope.

Chaque personne peut réagir selon sa propre culture.

Quant au style, c’est un style figuratif, narratif. Cela évoque parfois la bande dessinée - à cause de l’importance du dessin - ou encore la nouvelle figuration.

Je n’ai pas attendu Combas pour peindre comme cela. Déjà en 1972, un visiteur d’une de mes expositions m’avait confié : « j’aime vos fleurs parce qu’elle ne ressemblent pas à des fleurs »!

T.D. : Ne craignez-vous pas qu’aujourd’hui, l’artiste figuratif soit condamné à surenchérir dans le fabriqué, voire le préfabriqué?

G.G. : Tout a été dit mais tout reste à approfondir. 

Je peins comme une écriture automatique. Le sujet vient. Puis le dessin, et les couleurs jaillissent.

J’exécute les traits de manière très énergétique.

Pour cela, je peins debout : je donne la priorité au geste, à la spontanéité de l’écriture automatique.

T.D. : Vous considérez-vous comme une provocateur ou un farceur? 

G.G. : Je ne suis ni provocateur, ni farceur. Je suis un collectionneur de situations. Et en plus, je suis un collectionneur de collectionneurs. Car les collectionneurs, c’est l’encyclopédie du monde. Ce que je fais, c’est collecter des futilités que je comptabilise et que je sélectionne dans mes toile; l’intérêt, c’est de produire une toile où il ne se passe rien en apparence mais qui, curieusement, titilles l’attention de son spectateur (ou voyeur). Quand arrive la toile blanche, il faut bien regrouper ses idées et faire œuvre de concision.

T.D. : Vous arrive-t-il de peindre d’après modèle?

G.G. : Oui, toujours d’après des modèles à poils… Mon chien Isidor, huit ans, célibataires généralement endurci ! 

T.D. : Plus sérieusement, quels sont les nouveaux projets pour Gouvrant?

G.G. : L’organisation d’une série d’expositions en France à partir d’un lieu clos - Couloir, chambre, appartement.

Il s’agit d’un projet itinérant. Le concept : une salle, un endroit qui représente au départ quelque chose de familier mais où il y a des choses à découvrir. C’est une sorte de monument peint : un lieu commun transformé par l’artiste en un lieu hors du commun, envoûtant, où l’on peut trouver du plaisir à être.

T.D. : Quelle sera l’originalité de cette transformation des lieux?

G.G. : Des « plafonds volants »! Ce sont des sous-plafond peints adapter dans la pièce . Transportable et modulables, ce ont des plafonds peints de manière automatique.

Une de ces « œuvres » sera conçue comme un couloir-labyrinthe de 20 mètres de long, un couloir initiatique - avec des ouvertures pour pouvoir respirer! Et avec une chaise ou deux, cela deviendra un endroit curieux, et plaisant à la fois. Je peux vous garantir que cela ne laissera personne indifférent. Ces œuvres seront conçues pour être montées et démontées facilement comme les décorations des maisons nipones. Je suis un artiste qui adore les gadgets! 

T.D. : Si vous n’aviez pas été Gouvrant, qui auriez voulu être?

G.G. : Charlie Parker, John Coltrane ou Ben Webster. Le jazz, c’est la musique XXème siècle. Comme dans le jazz, j’essaie de trouver le mouvement dans ma peinture et je peux, le swing.

T.D. : Quelle est votre revue préférée?

G.G. : Hormis, Valeurs de l’Art, je dirai le collectionneur de français, publié par Escaro du canard enchaîné!


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