> BRAQUE Georges (1882-1963)

BRAQUE Georges (1882-1963)

Biographie


BRAQUE Georges est né le 13 Mai 1882 à Argenteuil, il est mort le 31 Août 1963 à Paris.C'est un peintre sculpteur graveur lithographe.Il a suivi les cours du soir aux Beaux Arts du Havre en 1893, puis à l'Académie Humbert, à l'Atelier Bonnat à l’école des Beaux Arts de Paris.En 1904, il réalise la Vue d’un jardin Musée d’Honfleur, en 1905 l'Esthétique Fauviste avec Matisse, Derain et Vlaminck, en 1906 le Port d’Anvers Musée d’Ottawa, en 1906 L’estaque Musée de St Tropez, en 1907 la Première exposition Salon des Artistes Indépendants Paris.Il travaille en osmose avec Picasso jusqu’en 1914. En 1908, il expose à La Ciotat Musée A/M de Paris, en 1907 les Maisons et arbres au Musée de Villeneuve d’Ascq.En 1909, il réalise sa Première exposition personnelle où ses œuvres sont désignées « cubistes ». Elles se basent sur les règles de la rationalité, de l’ordre et de la mesure donc de classicisme. En 1909, il réalise le Violon et cruche du Port en Normandie Musée de Bâle.En 1910, il entre dans une période cubiste analytique réduisant la palette au noir et blanc et quelques ocres et bleus gris, pour réaliser des formes humaines et des natures mortes. En 1910, il réalise La flûte, au Musée de Philadelphie. En 1911, il réalise Le portugais pour le Musée de Bâle et la Bouteille et le journal au Musée d’Essen. En 1912, il entre dans une période cubiste synthétique aplats introduisant des trompe l’œil comme un clou du faux bois, du faux marbre, des matières chargées de sable, puis des éléments de vrais bois, des morceaux de journaux, des papiers collés (l’Aria de Bach). Il réalise alors La table du musicien et Verre et violon exposés au Musée de Bâle, en 1912 il réalise La valse Musée A/M de Venise, en 1913 La musicienne Musée de Bâle / Valse Musée de Cologne, en 1913 Clarinette et violon Musée de Prague, en 1914 Clarinette, guitare et compotier Musée de Bâle, en 1919 Le guéridon – Le café bar Musée de Bâle, en 1919 Le guéridon noir Musée A/M de Paris.En 1920, il commence à modeler, une femme debout. En 1921 il réalise la Nature morte à la guitare n°1 Musée de Prague. En 1922 Les canéphores Musée A/M de Paris. En 1923, il renoue avec la réalité extérieure, l’apparence des choses. Il réalise des séries des grands nus, des cheminées, des guéridons avec des palettes de noir, bruns, gris, ocres clairs, verts sourds, blancs éclatants. En 1925, il crée la Nature morte à la table en marbre au Musée A/M de Paris, la Nature morte aux poires au Musée A/M de Paris. En 1926, il réalise les Natures mortes sur guéridons avec un style cubiste, au eaux fortes de style né classique. En 1926 il réalise le Nu assis au panier de fruits au Musée de Washington, en 1927 la Guitare et le pichet au Musée de Londres, en 1929 Le grand guéridon au Musée de Washington, le Compotier et serviette exposé au Musée de Stuttgart. C'est en 1930 que débutent ses œuvres les plus épanouies (la nappe rose 1933) la nappe jaune 1935. Il réalise des plaques de plâtre peintes au style antique. En 1931 il réalise La pipe en terre au Musée de New York. En 1932, il réalise une nature morte aux prunes au Musée A/M de Paris, en 1937 Femme à la mandoline au Musée de New York, en 1938 les Fruits et guitare au Musée de Colmar, en 1938 Vanitas au Musée A/M de Paris, en 1941 Le pain au Musée A/M de Paris. En 1972, il reçoit le prix Carnegie à Pittsburgh. En 1942, il réalise La poêle Musée New Haven, en 1943 il réalise Une salle entière de sculptures au Salon d’Automne.Il entre en 1944 dans une Période fauve. Il commence une période monumentale avec les billards, les ateliers où il introduit la figure humaine et réduit les objets à des métaphores picturales. En 1944, il expose à la Tate Gallery de Londres. Il commence la céramique. En 1948, il reçoit le grand Prix de la Biennale de Venise. Il réalise la Bouteille, vase, homard au Musée de Bâle. En 1949, sa rétrospective est exposée au Musée d’Art Moderne de New York. En 1952, il expose au Musée d’Art Moderne de Paris. En 1953, il réalise une rétrospective à Berne. Il compose cinq vitraux pour l’église de Varengeville. En 1954 il exécute deux oiseaux noirs cernés de noir sur fond bleu, pour la fondation Maeght à Saint Paul de Vence. En 1955 il crée des séries des oiseaux en idéogrammes incisés sur des plaques de plâtre peints ou sur des galets ramassés. En 1956, il crée le grand oiseau dans le Paulowina au Musée de Colmar. En 1956, il crée l’oiseau et son nid au Musée A/M de Paris. En 1960, son œuvre graphique est exposée à la bibliothèque Nationale de Paris. En 1961, il réalise Les falaises exposées au Musée A/M de Paris.En 1962, pour ses 80 ans, il transfert de son atelier au Musée du Louvre. En 1973 il expose sa rétrospective de l’Orangerie des Tuileries. En 1990 « L’invention du Cubisme » au Métropolitan a lieu au Muséum de New York. La période cubiste est la plus demandée. Huit signatures diffèrent dans son évolution artistique.


Georges Braque : par delà le cubisme


L a peinture de Braque se confond bien sou vent avec la révolution cubiste, sa rigueur janséniste, l'austérité des tons confinant au camaïeu et surtout la dissociation de la couleur et de la forme.


La rétrospective que présente la fondation Maeght à l'occasion de son trentième anniversaire révèle l'itinéraire hors du commun du peintre depuis les oeuvres fauves de ses débuts en passant par l'invention des papiers collés et toute l'aventure du cubisme, la série des guéridons, natures mortes, nappes, billards, ateliers, paysages de Varengeville jusqu'aux oiseaux de la fin de sa vie - soient quelque cent-vingt oeuvres au total.


La peinture est une vieille histoire de famille chez les Braque : le père aime la peinture et adore y sacrifier tous ses loisirs, le grand père est peintre amateur. L'environnement est également propice à une telle vocation : Georges Braque est né à Argenteuil, au moment où les Impressionnistes y travaillent. Il passe son enfance au Havre, toujours en pleine atmosphère impressionniste.


Influencé par l'impressionnisme mais aussi tout particulièrement par Corot, Braque exécute des paysages de la côte normande : autant d'essais de jeunesse que l'artiste détruira par la suite.


L'artiste se cherche encore et se laisse entraîner par Othon-Friesz et Raoul Dufy dans cette rupture qu'est le fauvisme. Il passe ainsi l'été avec Friesz, à Anvers où il peint une douzaine de tableaux sur le motif du port d'Anvers. Puis il se rend en Provence, à l'Estaque, sur les traces de Cézanne, où sa palette s'embrase. "L'olivier près de l'Estaque" est une toile charnière, proche de l'univers de Cézanne par sa construction géométrique de l'espace extérieur - qui porte la couleur à son degré d'intensité maximum - "Le tableau a cessé d'être la reproduction objective du monde sensible pour traduire un autre rapport de l'artiste à la nature fondé sur une volonté de création poétique", comme l'a très justement souligné Marcel Giry dans un article sur la période fauve de Braque.


Braque ne fut toutefois pas un fauve tempéré : certaines versions du port de l'Estaque le montrent capable d'harmonies plus radicales, de contrastes sonnants.


Les paysages de l'Estaque se modifient alors peu à peu. "Quand je suis retourné pour la troisième fois dans le Midi, je me suis aperçu que l'exaltation qui m'avait rempli lors de mon premier séjour et que j'avais transmise à mes tableaux, n'était pas la même. J'ai vu qu'il y avait autre chose".


Ces phrases de Braque annoncent un assombrissement progressif de la couleur et une simplification radicale des formes.


Sur les traces de Cézanne, il se rend à la Roche-Guyon où il exécute des paysages dans lesquels les maisons, taillées en facettes telles des pyramides, grimpent à l'assaut d'autres facettes verdoyantes. Quelques années avant que la Grande Guerre n'éclate, il se rend avec Derain à Carrières Saint-Denis où il peint une autre série de paysages dans laquelle la forme à la fois verticale, horizontale et transversale s'accentue.


A cette époque, Braque est très lié avec Picasso qui lui révèle la voie du cubisme. Les découvertes se succèdent au rythme des natures mortes. Braque inscrit pour la première fois des lettres au pochoir, et introduit du papier peint faux bois. Ainsi naît le "papier collé" dont la compléxité s'accroît jusqu'à devenir de véritables "assemblages": "Violon bal", "Le petit éclaireur"," Le damier" sont des réussites du genre.


La guerre vient inter rompre brutalement les re cherches cubistes de Braque. Grièvement blessé en 1915, il est trépané comme son ami Guillaume Apollinaire.


Il recommence alors à peindre: "La musicienne" (1918) inaugure ce que l'on appellera le "cubisme analytique". Sa méthode de travail le conduit à mener plusieurs toiles de front, sur des thèmes que l'on retrouvera tout au long de son oeuvre.


Il réalise ainsi une série de "natures mortes au guéri don" dont "Le guéridon" (1929) qui montre un retour de la couleur dans sa peinture avec des tons presque purs à la place d'une gamme extrêmement limitée. La merveilleuse sûreté de goût, qualité dominante de l'artiste classique, joue ici à plein. Braque fut toujours préoccupé par la mesure, la précision et la profondeur. Le raisonnement joue un rôle important dans la préparation de ses toiles ainsi que des dons analytiques très forts.


Au début des années vingt, Braque entreprend une série de natures mortes sur le thème du "buffet", de format horizontal, très allongé, dont il excellera à tirer parti, et dont le fond noir, particulier à cette période, renforce la substance de l'espace et celle de la couleur. "Je mène la couleur n'importe où et chaque tâche dépend de l'ensemble. Traitée comme ça la couleur devient abstraite. J'emploie la couleur en formes fixes pour montrer qu'elle agit en dehors de l'objet". Une telle déclaration place évidemment l'artiste aux antipodes de la pensée impressionniste.


Au cours des années trente, Braque abandonne les couleurs sombres pour laisser sa palette éclater dans une série de natures mortes dont le thème principal est la "nappe". Puis, comme pour mieux contrôler l'exhubérance de la couleur, il entreprend en 1936 une série d'intérieurs dans laquelle inter vient la figure comme dans "Femme à la mandoline".


Durant la Seconde Guerre mondiale, Braque se cloître dans son atelier qui devient prétexte à une série, sommation de son expérience mais aussi message autobiographique, préfigurée par le "Grand intérieur à la palette" (1942). C'est dans cette célèbre série de neuf toiles, dont quatre sont présentées, qu'apparaît le thème de l'oiseau. Celui-ci va ensuite hanter l'oeuvre ultime de Braque. Cette période coïncide avec la création de deux versions sur le même thème "Le billard" de (1944) et "Le billard d'été" (1949). Dans la seconde version, la table est vue par un de ses grands côtés, figurée par deux tra pèzes convergeant vers le centre, comme si les petits côtés étaient représentés également, en perspective. Trois boules roulent sur le tapis vert, mais leur sphère se dédouble comme pour indiquer une ombre portée.


L'amorce d'un cerne noir ne coïncide pas volontairement avec la couleur locale, vieux souvenir des pommes de Cézanne. Comme le signale Nadine Pouillon, rappelant la longue pratique du jeu de billard par l'artiste, Braque s'ingé nie à multiplier les points de vue: "les possibilités visuelles qu'offre la variété des regards du joueur sur la table ont été exploitées et transposées lumière concentrée, vues partielles et grossies suggérant l'amateur penché au ras du tapis, projections déformées du billard qui vient vers le pratiquant-spectateur sous plusieurs angles".


L'oiseau, apparu dans les oeuvres précédentes, s'envole de l'atelier, devenu oiseau migrateur célébré par Saint-John Perse "de tous nos consanguins le plus ardent à vivre": "A tire d'aile" (1956-1961) et les "Oiseaux noirs" (1956-57). Le tableau "A tire d'aile", simple en apparence, est le fruit d'une longue et lente gestation. L'oiseau, ailes dé ployées, le cou tendu, pénètre de son bec une forme étrange, que certains ont assimilé à un nid, d'autres à un nuage.


C'est sous cette forme que la galerie Maeght expose la toile en avril 1956. Sortie de l'atelier, Braque la contemple et commente: "bon, elle est finie, harmonieuse à souhait. Au bout de quatre mois, à l'observer chaque jour, à la vivre, je me suis aperçu qu'elle me devenait par trop habituelle. Un trop grand confort pour l'oeil. Je me suis donc décidé à créer une rupture en peignant dans le bas gauche du tableau un autre oiseau délimité dans une sorte de cache rectangulaire blanc, le tout posé là comme une estampille, un timbre même. En créant la contradiction, et non le désaccord, tout le tableau vit d'une manière plus insolite. Il faut parfois, de ces effets de surprise. Ça empêche la routine de s'installer...".


La série dîte des "Open", la face lumineuse de l'oeuvre de l'américain Robert Motherwell sera toute entière bâtie sur ce principe.


Mais il y a un élément caractéristique dans l'oeuvre de Braque qui atteste ses dispositions classiques.


Comme l'a souligné le critique Zervos, "Braque a voulu que la peinture moderne se conforme à la tendance qui répugne à ces confusions des valeurs et à ces empiètements d'un art sur un autre, qu'on voit tous les jours chez les artistes qui ont confondu la peinture avec la simple pensée ou le sentiment littérairement poétique.


Chez Braque, au contraire, prédomine l'élément pictural qu'on ne saurait atteindre par les moyens d'aucun autre art".. d'au


Limpide, sereine, éclairée et féconde, l'oeuvre de Braque apporte une leçon de noblesse et de poésie à une époque confondant trop souvent la simple pensée avec la qualité picturale de l'oeuvre.


T. Demaubus




Georges Braque : l'expression du cubisme ou la métaphysique de l'objet


La Royal Academy de Londres rend hommage à Braque, l'artisan et le poète du cubisme et de la nature morte. Il est peu d'expression qui soit plus caractéristique, plus complète et plus harmonieuse du cubisme que l'art de Braque dans son épanouissement.


L'évolution majeure de son œuvre ne peut mieux se lire que dans ses natures mortes où l'artiste livre son interprétation la plus hardie du réel et de la nature.


Dans ses innombrables natures mortes, Braque a tenté de son der l'inépuisable réa lité génératrice de formes, découvrant peu à peu cet "espace d'avant la raison et les calculs" dont parlait Jean Paulhan.


Né dans une fa mille d'artisans en 1882, Georges Braque fut d'abord peintre décorateur, comme son père et son grand père. L'artiste revendiquera toute sa vie cette formation dont on retrouve, dans les natures mortes, la "pâte" artisanale.


Proche de Matisse et Derain, ses premiers paysages aux couleurs vives sont influencés par le fauvisme, auquel il adhère à ses débuts. La rétrospective Cézanne en 1907, puis la rencontre avec Picasso la même année vont l'inciter à orienter ses recherches vers une nouvelle vision de la forme comme en témoignent les toiles peintes de l'Estaque pendant l'été 1908. Ces recherches vont conditionner toute la vision de l'objet dans la création artistique du XXe siècle : découpé, vu sous plusieurs angles en même temps, métamorphosé en facettes géométriques, rendu dans une palette austère de bruns et de gris, l'objet va devenir le centre de convergence de l'abstraction géométrique.


Georges Braque se libère très vite du cubisme nouveau, tel que Picasso l'avait défini depuis 1914 pour élaborer une vision nouvelle d'un cubisme plus personnel comme le révèlent ses natures mortes et leur création mesurée.


Le dessin se fait alors plus aigu. Le trait prend les allures d'une phrase musicale sans fin, servant à définir les formes et à faire vibrer une arabesque riche de pouvoir décoratif à travers la composition.


La palette est devenue plus claire avec de puissants rouges, des roses, des violets, parfois des jaunes que le pinceau dispose avec une étonnante liberté. La qualité intrinsèque des tons facilite l'intégration de la forme et du volume dans le tableau.


Les toiles eurythmiques de Braque délivrent une impression de puissance, de raffinement et d'équilibre.


Son sens du tableau-objet est devenu sens des objets, du tableau. Son amour pour les objets du quotidien lui permet de parvenir, comme Chardin, malgré l'apparence d'objectivité, à en dire la vie secrète et à exprimer l'ineffable mystère des choses de notre petit monde.


Dans un répertoire volontairement limité, irrésolu ment intimiste, répétant sans cesse les mêmes motifs devenus archétypes, Braque affirme son renouvellement permanent.


Dans un entretien qu'il accorde à Georges Charbonnier, Braque précise ce qui lui semblait être une erreur d'interprétation: "(Les gens) ont l'air d'ignorer totalement que ce qui est entre la pomme et l'assiette se peint aussi (...) cet entre-deux me paraît un élément aussi capital que ce qu'ils appellent l'objet. C'est justement le rapport de ces objets entre eux et de l'objet avec l'entre-deux qui constitue le sujet". Cette citation annonce déjà la dialectique sur laquelle tout un pan de la création contemporaine va s'articuler, sur ce jeu du plein et du vide jusqu'aux recherches de l'art minimaliste d'un Don Judd.


Chez Braque, la peinture "précise l'intervalle..., les vides devenus tangibles sont renforcés par la non-coïncidence de la couleur et des formes qui débordent parfois du dessin, à la manière de Dufy, ou au contraire n'atteignent pas le trait sensé les contenir".


L'exposition à la Royal Academy révèle la remarquable cohérence stylistique de l'œuvre de Braque qui multiplie les manières de considérer les rapports de la ligne et du volume, de la forme et de la couleur. Une œuvre fondée sur la nature morte, conçue comme un microcosme de patience et de délectation.


T. Demaubus




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